Jean-Pierre Couturier consacre son seul jour de congé de la semaine à récupérer et trier des chaussures pour les sans-abris. ©AL
Jean-Pierre Couturier consacre son seul jour de congé de la semaine à récupérer et trier des chaussures pour les sans-abris. ©AL

Prêtre et cordonnier pour les sans-abris

Depuis plus de vingt ans, le père Jean-Pierre Couturier, qui officie à Montréal, récupère et répare des chaussures usagées pour les donner aux sans-abris.  

C’est dans le sous-sol de la basilique-cathédrale Marie-Reine-du-Monde, au centre-ville, que le père Jean-Pierre Couturier a installé son atelier.

Tout en triant sa récolte hebdomadaire, il raconte que tout a commencé alors qu’il était vicaire à la cathédrale : « Les hommes de la rue qui passaient leur nuit dehors venaient à 6h pour se réchauffer, se souvient-il. Un jour, un homme nommé Jean-Paul, est arrivé. Il avait attiré l’attention à cause de l’odeur qu’il dégageait. Quand il a enlevé ses chaussures, j’ai découvert qu’il avait les pieds gangrénés ».

Après l’avoir accompagné pour des soins et lui avoir donné de nouveaux souliers, le prêtre s’est engagé à chausser les sans-abris de la ville.

Il se met à observer autour de lui et à s’interroger : « Un jour j’ai vu un homme sortir d’un magasin avec de nouvelles chaussures aux pieds et rien dans les mainsJe me suis demandé ce qu’il avait fait des anciennes ». Il comprend alors que beaucoup laissent leurs vieilles paires lorsqu’ils les remplacent.

Il commence, seul, à ramasser les chaussures délaissées que quelques magasins acceptent de mettre de côté pour lui. C’est un ami cordonnier qui lui apprend les rudiments du métier.

Pour le nom, Chez le P’tit Père, le fondateur explique : « Dans un des magasins, la dame avait l’habitude d’écrire ‘’Pour le p’tit père’’ sur les sacs que je venais récupérer. Ça m’a plu ».

De la recup' solidaire

Aujourd’hui, Jean-Pierre Couturier peut compter sur l’aide d’Alexandra Fol, organiste et compositrice, qui l’aide régulièrement depuis plusieurs années. Trois autres bénévoles, Michel Lecours, Guiseppe Continiello et Andrew Macfarlane, viennent leur prêter main-forte de temps en temps.

Tous les jeudis, tout au long de l’année et ce peu importe la température, ils partent faire la tournée des boutiques avant de revenir à l’atelier où les chaussures sont triées et rafistolées.

Certaines n’auront même pas besoin d’être réparées, d’autres devront être recollées, recousues, renforcées et nettoyées. Les plus abîmées ne seront utilisées « que pour les pièces ».

Une vingtaine de magasins collaborent désormais à l’initiative, ce qui permet aux bénévoles de remplir environ 10 boîtes en carton par semaine, soit entre 5000 et 6000 paires chaque année, selon leurs estimations.

Elles sont ensuite distribuées dans plusieurs organismes, mais principalement à la Maison du Père, un refuge pour les hommes sans-abris offrant un gîte, des repas, des soins d’hygiène et du soutien.

Main d’œuvre et action concrète

« On est les seuls à fournir des chaussures aux pauvres en ville. Pour les dons de vêtements, il y a des bacs, des points de récupérations, mais pour les chaussures, les itinérants n'ont pas beaucoup de choix. Voilà pourquoi on ne peut jamais arrêter », déplore Alexandra Fol. Elle précise être toujours à la recherche de bénévoles pour répondre à la demande.

Pour Guiseppe Continiello, qui a rejoint l’équipe au mois de janvier, être bénévole Chez le P’tit Père procure un sentiment d’accomplissement en plus de développer de nouvelles aptitudes : « Je préfère ce genre de bénévolat où personne ne te voit et où tu sais que ton action a un impact direct et concret ».

Retrouvez Chez le P'tit Père sur Facebook.

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